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Frédérique Vidal et l’islamo-gauchisme

Le 14 février, une polémique a éclaboussé Frédérique Vidal.

La ministre de l’enseignement supérieur déclarait à l’antenne de CNews : « L’islamo-gauchisme gangrène la société et l’université. »

Le mardi suivant, elle commandait au CNRS une enquête détaillée sur les publications universitaires en France. L’objectif de ce bilan serait de mettre en évidence les dérives pouvant s’apparenter à du militantisme. C’est-à-dire, des textes motivés par la volonté d’influencer l’opinion politique des lecteurs. Ce qui serait contraire aux principes déontologiques de la recherche : comme l’impartialité et l’indépendance.

Ainsi, les champs de recherche visés (sans être nommés) sont l’intersectionalité, l’indigénisme, le décolonialisme… Des branches des sciences sociales.

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Capture d’écran, émission CNews du 14/02/21

Définition

Beaucoup ont questionné le terme employé par la ministre. En effet, qu’est-ce que l’islamo-gauchisme ?

Il s’agit d’un néologisme combinant le mot « Islam » (sous une forme contractée) à celui de « gauchisme ».

Ce concept n’a pas de définition exacte, ni reconnue par les institutions comme l’Académie française. Ajoutons, que le CNRS ne reconnaît pas l’islamo-gauchisme comme une réalité scientifique.

Cependant, en utilisant des ressources diverses, nous pouvons définir l’islamo-gauchisme comme : la dénonciation d’une alliance étroite entre les partis de gauche et la mouvance islamiste. En particulier, d’une forme de laxisme entretenu par la gauche envers l’Islam.

Son usage est considéré comme un marqueur lexical de son appartenance à l’extrême droite.

Graphique : Evolution de la recherche « islamo-gauchisme » en France entre le 26/04/20 et le 28/03/21 (Google Trends)
  • Le premier pic (18/10/20-31/10/20) correspond à une polémique essuyé par Jean-Michel Blanquer. C’est l’un des premiers membres du gouvernement d’Emmanuel Macron à utiliser cette expression
  • Le second pic (14/02/21-27/02/21) correspond à la polémique étudiée dans cet article au sujet de Frédérique Vidal

Réceptions

Plusieurs réactions ont été observées. Intéressons-nous à plusieurs catégories sociales :

D’abord, les étudiants voient dans cette déclaration un témoignage d’une incompétence de la part du ministère. Celui-ci serait incapable de hiérarchiser les problématiques impactant l’université. En effet, la période pendant laquelle Frédérique Vidal s’est exprimée est sensible. En pleine épidémie alors que, certains étudiants connaissant de grandes difficultés financières et psychologiques.

Pour les internautes, il y a des problèmes plus urgents à régler. Problématiques qui sont la responsabilité du gouvernement. Sur les réseaux sociaux, on a vu apparaître plusieurs hashtags tournant en dérision cette polémique : #VidalDemission et le #Islamogauchisme.

Dans le monde universitaire, ces propos ont été dénoncés par les présidents des facultés françaises et à l’international. Certains ont même appelés à la démission de la ministre dans une tribune.

Pourtant, selon une enquête d’Odoxa réalisée sur un échantillon de 1.000 citoyens, 66% d’entre eux soutiennent la ministre. Néanmoins, ils doutent de la sincérité de la politicienne.

Communication de crise

Malgré tout, Frédérique Vidal a continué d’alimenter ses réseaux sociaux. Du 14/02 (début de la crise) au 14/03 la ministre a posté 59 tweets.

Au total, 4 avaient un lien avec la polémique de l’islamo-gauchisme.

En effet, en mars : dans un extrait de l’émission CNews, elle évoque la laïcité. Dans une seconde vidéo tournée à l’Assemblée, elle prend la parole pour évoquer la liberté académique.

Tandis qu’en avril : elle partage deux vidéos à propos de l’incident survenu à l’IEP de Grenoble. Où, les noms de professeurs accusés d’islamophobie avaient été affichés sur les murs (l’une extraite d’une émission d’Europe 1, l’autre de l’Assemblée).

La ministre a bénéficié d’un mois chargé en événements : le scandale #SciencesPorcs, le lancement de la plateforme 1jeune1solution, la Loi recherche… Ces différents sujets ont permis de détourner l’attention de la polémique.

Elle ne s’est jamais excusée, n’est que rarement revenu sur la polémique et a choisi de « laisser au temps faire son œuvre ». De ce fait, l’actualité chaude balaiera la crise d’hier.